Transition de genre médicalisée des mineurs, la fin des années folles ?
La transition de genre médicalisée des mineurs a perdu toute crédibilité scientifique. Chronique d'une folle dérive pseudo-scientifique, de ses conséquences humaines tragiques, et.. appel à la raison.
On me signale que ce billet est long et risque donc d’être tronqué par mail : venez sur le site pour le lire en entier si c’est le cas.
“Nous demandons souvent aux parents: ‘Préféreriez-vous avoir un fils mort ou une fille (transgenre) vivante ?”
- Dr Johanna Olson-Kennedy, une des “papesses” américaines de la transition médicalisée de genre
Mon souhait, ce serait que toutes les familles concernées par la dysphorie de genre et qui n’ont pas encore pris de décision sur une éventuelle transition médicalisée lisent cet article.
Sa rédaction m’a pris du temps. D’abord, parce que je trouve ce sujet vraiment difficile sur le plan émotionnel; ce sont des enfants qui souffrent parce qu’ils ont confié leurs vies à des adultes auxquels ils faisaient pleinement confiance, et ce sujet a quelque chose pour moi de dérangeant, qui me donne l’envie de m’en détourner.
Il aura aussi fallu du temps pour rédiger un article suffisamment complet pour qu’il puisse servir de référence à des familles désemparées en manque d’informations contradictoires, et qui font face à des interlocuteurs souvent biaisés par leur idéologie.
Il faut absolument se mettre à la place de ces jeunes gens, et de leurs parents. La décision de poursuivre ou non une transition de genre médicalisée comporte des enjeux terribles. On explique souvent aux parents que si la transition médicalisée ne se poursuit pas, le risque de suicide pour leur enfant augmentera (on verra plus loin combien cette affirmation est douteuse). Imaginons que ce soit vrai. Il n’en reste pas moins que parmi les conséquences potentielles de la transition médicalisée figurent l’anorgasmie et la stérilité, potentiellement à vie.
Il s’agira donc toujours d’une décision lourde de conséquences, pour laquelle on aimerait que les jeunes gens et leurs parents soit conseillés avec compétence, bienveillance et prudence.
On va voir que ce n’est malheureusement pas le cas.
Il y a deux ans, j’interviewais Chloe Cole, une jeune femme qui se décrit comme une “détransitionneuse”, qui m’avait raconté comment, encore toute jeune et souffrant de dysphorie de genre, elle était passée par toutes les étapes de la transition médicalisée, incluant prise d’hormones et chirurgie, avant de changer d’avis par la suite. Son histoire m’avait beaucoup touché et marqué. Vous trouverez l’interview en intégralité ci-dessous, doublée en français (et la version sous-titrée existe aussi, ici) :
Depuis cet entretien, ce que nous savons de la prise en charge médicalisée des dysphories de genre a évolué de façon suffisamment significative et spectaculaire pour que je prenne le temps de faire un bilan des pratiques, de leur scientificité, et de leurs conséquences.
Je vous préviens que le bilan sera (très) sévère. Mais je pense qu’il fallait que quelqu’un s’y colle, et, ma foi, habitué des sujets controversés que je suis, j’ai décidé de relever le défi.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons de ce dont je ne parlerai pas : la question des personnes transgenres adultes et de leur place dans la société.
Ce dont ce billet ne parlera pas : la guerre culturelle
La question transgenre déchaîne les passions mais à mon sens, pas toujours les bonnes, et pas toujours de la bonne manière.
Même le petit monde des fans d’Harry Potter n’a pas été épargné. L’auteure de la série, J.K. Rowling, s’est ainsi pris de bec publiquement, à plusieurs reprises, avec l’actrice Emma Watson, qui incarne Hermione dans les films, au sujet de la place des personnes transgenres dans la société.
Je vous avoue que je n’ai pas tellement envie de me mêler de ce débat-là. Ce n’est pas qu’il ne soit pas (sur certains points) légitime, mais le niveau de toxicité me décourage de m’en approcher. Et cette toxicité est très bien partagée : autant les transphiles que les transphobes, si tant est qu’on puisse les nommer et les diviser ainsi grossièrement en deux groupes opposés, manifestent violence verbale et intolérance pour les opinions opposées, dans ce qui est devenu une caricature de ce que les guerres culturelles contemporaines sur le réseaux sociaux font de pire.
Ce billet ne portera pas sur la place des adultes transgenres dans le monde, mais sur un sujet beaucoup plus problématique et urgent à mes yeux, et, pour tout dire, proprement hallucinant quand on prend le temps de l’étudier : la prise en charge médicalisée des mineurs transgenres
Alors, clarifions les choses.
Il ne me viendrait pas à l’idée de mégenrer qui que ce soit, soit par exemple de dire "Monsieur” à la personne qui travaille comme vendeuse dans un commerce pas très loin de chez moi, sous prétexte que je la devine trans. Ce serait blessant, intolérant et contraire à mes valeurs.
En revanche, certains sujets sont absolument dignes d’être débattus, notamment la participation des athlètes transgenres à des compétitions sportives, ou la politique carcérale appropriée quand un délinquant mâle “se découvre” une transidentité opportunément, juste avant son incarcération. Ces situations dans lesquelles la sécurité et l’équité sont en jeu pour les femmes doivent être pris au sérieux, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas aujourd’hui.
Il s’agit ici d’un nombre fini de problèmes spécifiques auxquels on devrait pouvoir trouver des solutions pragmatiques si on voulait bien laisser les idéologies de côté. En dehors de ces sujets-là et de quelques autres, je pense avant tout qu’il faut laisser les adultes qui ont fait ce choix tranquilles, et surtout respecter leur identité choisie.
Pour cette raison, ce billet ne portera pas sur la place des adultes transgenres dans le monde, mais sur un sujet beaucoup plus problématique et urgent à mes yeux, et, pour tout dire, proprement hallucinant quand on prend le temps de l’étudier : la prise en charge médicalisée des mineurs transgenres, ou plus précisément des mineurs souffrant de dysphorie de genre.
Et comme vous le verrez, il y a beaucoup de choses à dire.
Introduction : le message de Chloe
Avant de poursuivre la lecture de ce billet, et pour mieux en saisir les enjeux, j’aimerais que vous preniez une minute pour visionner cette intervention de la “détransitionneuse” Chloe Cole devant un comité du parlement américain, en juillet 2023:
D’où vient la colère de Chloe ? Pour la comprendre, il faut commencer par prendre la pleine mesure de l’importance que le phénomène de la dysphorie de genre a prise durant la décennie passée.
Une explosion du nombre d’enfants et d’adolescents transgenres
A la lecture de la Cass Review, sur laquelle je reviendrai, la première chose qui frappe est en effet qu’il n’a fallu que quelques années, moins d’une décennie en fait, pour que la question des mineurs transgenres se transforme radicalement.
Jusqu’à très récemment, la dysphorie ou l’incongruence de genre des mineurs concernait en effet une toute petite partie de la population, moins d’une personne sur 10’000. Le plus souvent des garçons, qui, depuis la petite enfance, se sentaient “fille à l’intérieur” et souffraient de vivre dans un corps masculin. Avant 2012 environ, il n’existait d’ailleurs que très peu de littérature scientifique sur la dysphorie de genre chez les filles.
Tout a changé dans la décennie 2010-2020, qui a connu une véritable explosion du phénomène. Au Royaume-Uni, par exemple, le nombre de cas a été multiplié par 100 entre 2009 et 2021. Cette augmentation spectaculaire s’est accompagnée d’une autre évolution tout aussi soudaine : la proportion féminine a rapidement augmenté, atteignant la parité autour de 2014, puis devenant majoritaire. Entre 2018 et 2022, les trois quarts des cas, au Royaume-Uni, concernaient des jeunes filles.
L’âge des mineurs dysphoriques qui venaient consulter a également changé: alors qu’il s’agissait le plus souvent de petits garçons, la moyenne d’âge est passée à 14 ans en 2018. Une majorité de ces cas concernaient des adolescentes qui n’avaient découvert leur identité que très peu de temps avant la première consultation. Elles étaient souvent concernées par d’autre diagnostics : trouble du spectre autistique, par exemple, mais aussi dépression et troubles anxieux.
Evidemment, les explications sur les causes de cette explosion du nombre de cas divergent. S’agit-il de l’effet d’une meilleure détection et d’une plus grande acceptabilité sociale de la transidentité, ou assiste-t-on à une “contagion sociale”, artificielle, portée par les réseaux sociaux ?
Ce qui est certain, c’est que de nombreuses familles, dans l’ensemble des pays occidentaux, se sont soudainement retrouvées à devoir répondre aux demandes et aux interrogations d’une fille (le plus souvent) ou d’un fils qui leur déclarait “être né dans le mauvais corps”.
Qu’allaient faire des parents, face à une situation qui, souvent, les dépassait complètement ?
Ils allaient, naturellement, comme tout parent responsable, faire appel à un professionnel.
Avec quels résultats ?
“Vous préférez une fille morte, ou un fils transgenre vivant ?”
Je vais laisser trois personnes raconter comment elles ont vécu leur prise en charge par les professionnels de la transition de genre, en tant que patiente ou parent d’un·e patient·e.
“Les médecins leur ont dit en substance qu’ils auraient ou bien une fille potentiellement suicidaire et peut-être même morte, ou bien un fils transgenre vivant et heureux”
D’abord, Chloe Cole elle-même, que j’ai interviewée il y a quelque temps déjà. Elle raconte ici comment ses parents et elle-même ont été pris en charge par des spécialistes de la transition:
“Ma père et ma mère ne savaient vraiment pas quoi faire. Et c’est pourquoi ils ont commencé par m’envoyer en thérapie. (…) Ma mère et mon père ont subi de fortes pressions de la part de ces médecins, pour qu’ils me donnent ce que je voulais.
Plutôt que de vraiment réfléchir à ce dont j’aurais pu avoir besoin, ils ont dit que c’était [la transition] ce dont j’avais besoin. Ils ont dit que le temps pressait, qu’il n’y avait pas d’autre choix, que je savais ce que je voulais parce que l’identité de genre est quelque chose d’inné et de facile à appréhender par les enfants.
Et si je n’avais pas la possibilité de faire une transition médicale, les médecins leur ont dit en substance qu’ils auraient ou bien une fille potentiellement suicidaire et peut-être même morte, ou bien un fils transgenre vivant et heureux.
C’était beaucoup de pression sur eux.”
On pourra m’objecter que cette prise en charge, qui a eu lieu en Californie, n’est peut-être pas représentative de ce qui est pratiqué au nom de cette approche dans d’autres pays, et notamment en Suisse.
Et pourtant…
Voici ce que des professionnels de santé ont expliqué, en Suisse romande cette fois-ci, à David Glutz, père d’une adolescente souffrant elle-aussi de dysphorie de genre :
“On se rend compte en fait qu’il n’y jamais ce questionnement [chez les professionnels de santé] sur pourquoi on en est arrivé là. (…)
On dit simplement: “Monsieur, le pourcentage de détransition est très faible”.
On m’a même soutenu que le taux de suicide était élevé chez les jeunes trans, et que le seul moyen d’éviter ça, c’était d’aller dans une transition rapide.”
Et voici, finalement, l’expérience de la mère d’un adolescent souffrant de dysphorie de genre en Suisse alémanique:
“J’ai été choquée. Après 5 minutes, on a demandé à mon fils comment il voulait s’appeler en tant que fille, Et après 10 minutes, on m’a demandé de quitter la réunion.
Ce que j’ai trouvé très étrange, c’est que le propre diagnostic de mon fils a été considéré comme le seul correct, et qu’on ne m’a pas posé beaucoup de questions. Je me suis sentie très seule.”
La psychiatre mise en cause répond ensuite aux critiques formulées par ce parent, dont il faut noter que le fils partage le point de vue :
“Je ne peux pas nier que les gens se sentent mis sous pression. Il en résulte souvent une grande pression, lorsque les jeunes souffrent. Nous savons qu’environ 70% des jeunes trans sont suicidaires. C’est vraiment grave, et c’est beaucoup. Et ça, nous ne pouvons pas le cacher aux parents. (…) C’est une information que nous devons leur donner.”
Ces trois témoignages soulignent les mêmes deux points cruciaux.
D’abord, les spécialistes du genre ne s’intéressent que peu au contexte (une difficulté d’intégration, un divorce, une puberté difficile, etc.), ou au rôle que pourraient jouer des comorbidités, comme des troubles du spectre autistique, par exemple, régulièrement cités, ni aux opinions des parents.
En somme, tout ce qui viendrait contredire le récit proposé par l’enfant ou l’adolescent tend à être explicitement ou implicitement écarté.
Ensuite, ils incitent les adolescents et leurs parents à poursuivre le parcours de transition sociale, puis médicale, en s’appuyant sur un argument-massue, très violent et culpabilisant pour les parents : ne pas poursuivre la transition, c’est exposer leur enfant à un risque de suicide élevé: “vous préférez une fille morte, ou un fils transgenre vivant ?”
Voilà pour le vécu subjectif de patients et de leurs familles, leur “expérience vécue”, comme on dit.
Que disent maintenant les promoteurs de ce modèle de prise en charge ?
Qu’est ce que le modèle d’affirmation du genre ?
Il faut commencer par rappeler que le modèle en question, le modèle d’affirmation du genre (GAM pour Gender Affirmation Model) est le principal, voire le seul modèle thérapeutique reconnu pour la prise en charge de la dysphorie de genre, en Suisse comme dans la quasi-totalité des pays occidentaux.
En résumé et en schématisant à peine, l’individu transgenre est seul à détenir la vérité sur ce dont il a besoin, rien dans cette identité n’a quoi que ce soit de pathologique, toute remise en question de sa réalité est une agression, et les seuls responsables de la souffrance de l’individu transgenre, ce sont les autres, y compris les proches, coupables de ne pas assez accueillir cette identité présentée comme parfaitement adéquate en toutes circonstances.
Son grand principe, selon un ouvrage de référence, est très simple:
“tenter de changer ou de déformer le genre d’une personne cause du tort”
On comprend donc que, une fois le genre défini, il soit malvenu de le remettre en question (“le changer ou le déformer”).
Et qui définit le genre d’une personne ?
Hé bien, la personne transgenre elle-même, puisque le genre, c’est
“comment les individus se perçoivent et se connaissent eux-mêmes“
On comprend donc aussi comment ce principe de base peut conduire un professionnel formé à écarter toutes les informations qui viendraient contredire cette auto-perception du genre, y compris, pour des mineurs, les opinions de leurs parents. Et si certains parents pensent qu’il est trop tôt, à 12 ans, pour être certain d’être prêt pour cette transition, on leur répondra, et je cite toujours le même ouvrage:
L’identité de genre se développe entre 1 an et demi et 3 ans, et l’orientation sexuelle dès l’âge de 8 ans.
Donc l’identité de genre est entièrement décidée et définie par l’individu lui-même, et cette compétence à l’auto-perception du genre existe déjà chez les enfants. Elle est donc arrivée à maturité à 12 ans, ou même plus tôt.
Un autre des autres fondements théoriques de cette approche, c’est que
“aucune identité ou expression de genre n’est pathologique”
On comprend donc finalement que suggérer que la dysphorie puisse être le symptôme d’une autre difficulté soit presque systématiquement rejeté, puisque la notion de pathologie est exclue de la définition !
Et donc, puisque ce n’est jamais pathologique, on exclura que la dysphorie soit une réaction à une période difficile (dépression, difficultés d’intégration scolaire, puberté mal vécue, séparation parentale). On exclura aussi d’autres facteurs, comme un trouble du spectre autistique, pourtant près de 9x plus fréquent chez les adolescents victimes de dysphorie, qui viendrait contredire cette idée que rien n’est jamais pathologique dans la transidentité. Au mieux, on admet depuis peu, dans des documents de référence, que la présence de TSA justifie une plus grande prudence.
En somme, toute remise en question de l’identité choisie tendra à être perçue comme s’apparentant à une “thérapie de conversion”, et sera rejetée.
Un autre principe, qui découle finalement assez logiquement de ce rejet de toute pathologisation de l’identité transgenre, et je cite toujours le même manuel :
“ toute pathologie présente est plus souvent causée par des réactions culturelles à la diversité de genre (par exemple, la transphobie, l’homophobie, le sexisme) que par des troubles psychologiques internes chez l’enfant.“
Cette citation est extrêmement importante et révélatrice. La souffrance, si elle existe, c’est donc surtout, en somme, la faute des autres, cet environnement (société, amis, famille) qui rejette ou n’accepte pas totalement l’identité de genre.
En résumé et en schématisant à peine, l’individu transgenre est seul à détenir la vérité sur ce dont il a besoin, rien dans cette identité n’a quoi que ce soit de pathologique, toute remise en question de sa réalité est une agression, et les principaux responsables de la souffrance de l’individu transgenre, ce sont les autres, y compris les proches, coupables de ne pas assez accueillir cette identité présentée comme parfaitement adéquate en toutes circonstances.
A quoi ressemblera le parcours typique d’un adolescent transgenre qui est accompagné sur la base d’un modèle aussi radical et idéologique ?
Le parcours de transition selon Agnodice
Prenons par exemple la FAQ de la fondation Agnodice, l’une des références en Suisse romande. Au moment où je l’ai consulté, on y déconseille aux familles d’attendre, de partir du principe que cette incongruence de genre ne sera que passagère, en évoquant, une fois de plus, le risque de suicide :
La politique de « attendre et voir » ou « ça passera » est l’option la plus risquée et peut avoir des répercussions graves : dépression, anxiété, décrochage scolaire, anorexie, par exemple. Votre enfant peut même vouloir attenter à sa propre vie.
Une fois qu’on a décidé d’agir, quelles sont les étapes de la prise en charge ?
“Entre 12 et 18 ans, les étapes peuvent être les suivantes :
Avant le début de la puberté, la retarder peut être utile pour prolonger le temps de réflexion et éviter les changements physiques ;”
Ici, on recommande la prise de médicaments bloqueurs de puberté, des traitements hormonaux utilisés à l’origine contre le cancer de la prostate. Ils sont présentés dans la littérature comme étant simplement un “bouton pause”, permettant de diminuer la détresse psychologique provoquée, chez l’adolescent transgenre, par sa puberté. Ils vont permettre à la personne dysphorique de “prendre le temps de réfléchir” sans pression sur ce qu’elle choisit de faire par la suite.
Ils sont, nous assure-t-on partout, et par exemple dans un récent rapport officiel suisse, “100% réversibles” : si on change d’avis et qu’on souhaite poursuivre la puberté, on appuie de nouveau sur play / pause en arrêtant la prise, et la puberté se poursuivra normalement. Leur efficacité est présentée comme étant bien documentée.
Une fois cette période de pause et de réflexion terminée, si on n’a pas changé d’avis, on passe à l’étape suivante, la prise d’hormones sexuelles:
Pendant l’adolescence, la prise d’hormones peut alors être envisagée pour déclencher les modifications physiques correspondant au sexe de préférence ;
Ne reste plus, ensuite, qu’à franchir, si nécessaire, l’étape de la chirurgie, qui est accessible aux mineurs en Suisse quand il s’agit de la poitrine:
Les interventions chirurgicales sont en principe possibles en Suisse qu’à partir de 18 ans à l’exception de la torsoplastie qui peut être plus précoce.
Voilà le parcours proposé.
Qu’en penser ?
Trier le vrai du faux
Prenons d’abord le temps de résumer les principales affirmations des promoteurs de cette approche, dont je rappelle qu’elle est archi-dominante en Suisse à l’heure actuelle.
Les mineurs ont la capacité de savoir quelle est leur identité de genre véritable, et celle de consentir en connaissance de cause aux traitements proposés.
la souffrance des personnes transgenres est causée par la transphobie de leur environnement plutôt que par des facteurs psychologiques.
Le taux de “regret” ou de “détransition” est très faible.
Refuser le traitement, c’est prendre le risque que son enfant se suicide; en d’autres termes, le traitement permet de réduire le risque de suicide, et sa balance risque / bénéfice est donc largement favorable.
La prise de bloqueurs de puberté permet de prendre le temps de réfléchir, et décider sereinement si on souhaite poursuivre la transition médicalisée ou non; leur effet est 100% réversible.
L’approche affirmative dans son ensemble, y compris la prise d’hormones sexuelles et la chirurgie, est validée par la science; elle est “sûre et efficace” et est le fruit d’un consensus scientifique rigoureux; et on y accède seulement dans le cadre d’un processus prudent et graduel qui est soigneusement encadré par des professionnels compétents.
Toute approche psychothérapique qui pourrait conduire à ce que l’adolescent remette en question son identité de genre est déconseillée, et pourrait même pratiquement relever de la “thérapie de conversion”, et serait vécue comme une agression et un rejet de l’identité choisie par la personne mineure.
Lesquelles de ces affirmations sont-elles vraies et “scientifiquement démontrées”, puisque c’est ainsi qu’elles sont présentées aux patients et à leurs familles ?
En réalité ?
Aucune. Comment le savons-nous ?
Grâce, en grande partie, à la Suède, puis au Royaume-Uni, et finalement aux Etats-Unis, dont les autorités sanitaires ont commencé, à partir de 2020, à investiguer rigoureusement la scientificité de l’approche affirmative et de sa transition médicalisée.
Le “consensus scientifique” s’effondre
L’un des premiers pays à s’être penché officiellement et de manière critique sur la prise en charge médicalisé des mineurs transgenres est la Suède. Un rapport commandité par sa Direction nationale de la santé et des affaires sociales, datant de 2022, conclut :
Au niveau du groupe (c’est-à-dire pour l’ensemble des adolescents souffrant de dysphorie de genre), le Conseil national de la santé et du bien-être estime actuellement que les risques liés aux bloqueurs de puberté et aux traitements d’affirmation du genre sont susceptibles de l’emporter sur les bénéfices attendus de ces traitements.
L’affirmation des promoteurs de l’approche affirmative, qui assurent aux adolescents et à leur famille que la balance risque / bénéfice est favorable à ces traitements, et qu’ils limiteront le risque de suicide, est donc, selon ce rapport, contredite par la réalité scientifique.
La Cass review, commanditée par les autorités sanitaires (NHS) britanniques, arrivera exactement à la même conclusion en 2024, aussi bien pour les traitements hormonaux…
Les données scientifiques relatives aux utilisations indiquées des bloqueurs de puberté et des hormones masculinisantes/féminisantes chez les adolescents ne sont pas probantes, et les avantages/inconvénients sont inconnus. (…)
En plus de rendre difficile pour les cliniciens de savoir si ces traitements sont appropriés, il est également difficile de fournir aux enfants, aux jeunes et aux familles suffisamment d’informations pour leur permettre de faire un choix éclairé.
… que pour la chirurgie (mastectomie) :
La fiabilité des preuves est très faible en ce qui concerne l'effet de la chirurgie sur la dysphorie ou l'incongruité de genre, l'amélioration de la santé mentale, y compris le risque de suicide et la dépression, et les résultats à long terme tels que la fonction sexuelle, la qualité de vie et les regrets.
Après la Suède et le Royaume-Uni, les autorité sanitaires américaines, les HHS, commanditent également un rapport. Publié en 2025, et quelque peu affaibli par un manque de transparence, il arrive cependant à la même conclusion que les deux autres (les italiques sont de mon fait):
Les cliniciens doivent s’assurer, dans la mesure du possible, que les interventions qu’ils proposent aux patients présentent un profil risques/bénéfices cliniquement favorable par rapport à l’ensemble des alternatives disponibles, y compris l’absence d’intervention. (...)
Les revues systématiques (RS) des données probantes relatives aux avantages des interventions hormonales ou chirurgicales dans le traitement de la dysphorie de genre chez les adolescents ont conclu que ces données probantes sont de faible ou très faible certitude. Cela signifie que les effets réels des interventions peuvent être ou sont susceptibles d’être sensiblement différents des effets rapportés dans les études.
En d’autres termes, les meilleures données disponibles indiquent que les bloqueurs de puberté, les hormones sexuelles et la chirurgie n’ont pas démontré leur efficacité pour améliorer la santé mentale.
Le problème n’est pas seulement le manque d’efficacité démontrée, qui ne représente qu’une moitié de la balance risque / bénéfices.
Le versant risque est tout aussi problématique:
Parallèlement, les risques et les effets néfastes associés à la transition médicale, qui sont corroborés par la recherche clinique ou fondés sur une théorie biologique établie, sont de plus en plus reconnus. (…) l’altération des fonctions cognitives, une plus grande susceptibilité aux cancers hormono-sensibles, les maladies cardiaques, la diminution de la densité osseuse, les dysfonctionnements sexuels, les infections et l’infertilité, sont objectivement préjudiciables à la santé.
Voilà déjà deux des affirmations explicites des tenants de l’approche affirmative qui s’effondrent.
D’abord, il est trompeur d’affirmer que la balance risque / bénéfice est favorable à la transition médicalisée. Il est donc inacceptable pour des professionnels de santé de pratiquer, implicitement ou explicitement, un chantage émotionnel en rendant les parents responsables du suicide potentiel de leur enfant au cas où ils refuseraient de poursuivre un processus de transition dont rien ne prouve formellement qu’il va diminuer, plutôt qu’augmenter, le risque de suicide.
Ensuite, toute prétention à la scientificité de l’approche affirmative et de sa proposition de transition médicale est injustifiée au vu de la faible qualité des preuves scientifiques disponibles.
Et ce n’est pas tout.
Les fondements douteux de l’approche affirmative
Ces rapports officiels ne se contentent pas de remettre en question la balance risque / bénéfice de la transition médicalisée, ils questionnent la légitimité des fondements de l’approche affirmative.
En consultant ces rapports, on réalise en fait peu à peu que toutes les affirmations qui servent de base à cette approche sont, au mieux, trompeuses. Voire simplement fausses.
Reprenons-les une par une.
Très peu de regrets, vraiment ?
“Les mineurs ont la capacité de savoir quelle est leur identité de genre véritable, et celle de consentir en connaissance de cause aux traitements proposés.”
“Le taux de “regret” ou de “détransition” est très faible.”
Comme le Cass Review le souligne, les cliniciens eux-même se déclarent incapables de distinguer de manière fiable un adolescent dont l’identité trans sera durable d’un autre pour lequel ce ne sera qu’une phase. Il n’existe pas de moyen, pour un professionnel, de déterminer la stabilité d’une identité de genre.
Mais les patients eux-mêmes seraient-ils, eux, en mesure de le faire, comme l’assurent les promoteurs de l’approche affirmative ?
C’est très loin d’être certain.
On sait, par exemple, sur la base des études disponibles citées dans ce même rapport, que, sans transition médicalisée, seuls entre 10% à 33% des enfants transgenres restaient transgenres sur le long terme. En fait, toutes les données antérieures à la mise en place de l’approche affirmative médicalisée montrent invariablement que pour une majorité de personnes dysphoriques de genre, ce sentiment d’incongruence est passager.
Dès lors, sur quelles données les tenants de l’approche affirmative fondent-ils leur certitude que l’identité de genre est stable et les regrets très rares après une transition ?
Ils s’appuient sur des études qui affirment que le taux de regret après une transition médicalisée est extrêmement faible, de l’ordre de 1%. Ce taux semble extraordinairement bas. Il est même plus bas que pour des opérations chirugicales standard, dont les enjeux n’ont pas la même dimension identitaire ou existentielle, comme une arthroplastie du genou, par exemple.
Comment l’expliquer ?
Les études prises en compte sont presque toujours de faible qualité, et souffrent de deux biais majeurs : une durée de suivi trop courte (alors qu’il faut souvent des années pour savoir si on regrette sa transition), et un taux d’attrition élevé (des personnes qui sont “perdues de vue” ou refusent de transmettre des informations aux investigateurs et ne sont pour ces raisons pas prises en compte dans l’étude).
En prenant en compte uniquement les personnes qui acceptent de répondre aux questions, relativement peu de temps après leur transition, on court le risque de trouver une surreprésentation de personnes encore en phase de “lune de miel” suite à leur transition, en excluant un part importante des personnes insatisfaites de leur transition.
C’est un énorme biais, et les auteurs des rapports officiels sont logiquement sévères dans leur évaluation de la qualité de ces études. Impossible, donc, d’être catégoriquement optimiste sur la base de données aussi fragiles, surtout quand on sait que pour un effet indésirable important de la transition précoce, l’infertilité, certaines études révèlent un taux très élevé de regret, presque 40%.
Une prévention du suicide incertaine
Refuser le traitement, c’est prendre le risque que son enfant se suicide; en d’autres termes, le traitement permet de réduire le risque de suicide, et sa balance risque / bénéfice est donc largement favorable.
Personne ne conteste que le risque de suicide soit plus élevé dans la population trans. Comme le souligne la Cass Review, ce risque reste élevé à tous les stades de la transition, et il n’existe pas de preuves solides que le processus de transition permette de le diminuer.
Une étude de 2020 était souvent citée par les promoteurs de l’approche affirmative, puisqu’elle concluait que la transition médicalisée était justifiée pour des raisons de santé mentale. Petit hic, la conclusion ne représentait pas la réalité des données, et les auteurs seront forcés de renier leur conclusion dans une correction publiée par la suite.
Une revue narrative souligne que les études publiées suggèrent une baisse du risque suicidaire en cas de transition, mais relève, dans la même phrase, que la faible qualité des données est problématique. Une revue systématique, la plus solide sur le plan méthodologique, relève que les données ne permettent simplement pas de conclure avec certitude que la transition médicalisée réduise le risque de suicide.
En résumé : on peut espérer un bénéfice, mais celui-ci n’est pas démontré, particulièrement sur le long terme. Concrètement, impossible de savoir avec certitude si le parcours de transition va diminuer, augmenter, ou va rester sans effet sur le risque suicidaire.
“Vous préférez une fille morte, ou un fils transgenre en vie ?” n’est ainsi pas seulement une phrase horriblement culpabilisante et manipulatrice, c’est aussi une affirmation qui n’est absolument pas prouvée scientifiquement. Et comme nous le verrons tout à l’heure, une publication récente vient malheureusement de confirmer à quel point l’idée que la transition médicalisée réduisait les risques de suicide n’a en réalité pas grand chose de scientifique.
Le fiasco intégral des bloqueurs de puberté
La prise de bloqueurs de puberté permet de prendre le temps de réfléchir, et décider sereinement si on souhaite poursuivre la transition médicalisée ou non; leur effet est 100% réversible.
Citons la Commission nationale d’éthique dans le domaine de la médecine humaine, tout récemment, en novembre 2024 :
“le traitement [les bloqueurs de puberté] peut permettre de prendre le temps nécessaire pour clarifier soigneusement les besoins et les souhaits des jeunes et de créer un espace favorisant un processus de réflexion impliquant non seulement les personnes concernées, mais également leur entourage proche.
Si les jeunes ne sont pas encore capables de discernement en ce qui concerne les mesures médicales plus avancées, les bloqueurs de puberté peuvent permettre d’attendre qu’ils aient leur capacité de discernement…”
(..) Selon les connaissances actuelles, la procédure est complètement réversible et, au moins dans le cadre de la puberté précoce, bien étudiée et éprouvée.
Comme je l’ai déjà montré dans mon article consacré aux vaccins Covid-19, le monde institutionnel suisse est souvent fâché avec la science. Ces affirmations sont certes le reflet de la position officielle des tenants de l’approche affirmative, défenseurs de la transition médicalisée. Le problème ? Toujours le même: elles ne sont pas fondées scientifiquement.
D’abord, l’idée selon laquelle les bloqueurs de puberté permettraient de “prendre le temps de réfléchir”, une fois l’adolescent libéré de la pression hormonale, ne tient absolument pas la route. Une étude montre que 98% des enfants et adolescents qui prennent des bloqueurs de puberté continuent le parcours de transition médicalisée, et prennent par la suite des hormones sexuelles, une autre montre que moins de 10% des personnes trans prises en charge renoncent à poursuivre leur transition.
Ce n’est pas un bouton “pause” permettant de réfléchir, c’est une autoroute à sens unique vers la poursuite de la transition médicalisée. Les bloqueurs de puberté n’augmentent pas la liberté de choix, mais, au contraire, la restreignent.
Il existe des préoccupations importantes concernant leurs effets potentiels durables, et parfois irréversibles sur le développement neurocognitif, le développement psychosexuel et la santé osseuse (…) Les garçons qui prennent ces bloqueurs dans la première phase de leur puberté deviennent presque toujours anorgasmiques, à vie.
Sont-ils par ailleurs “complètement réversibles ?”
Absolument pas. Il faut d’abord rappeler qu’il s’agit de médicaments très puissants, utilisés notamment contre certains cancer, comme le cancer de la prostate, ou pour le contrôle de la libido de délinquants sexuels, une indication parfois appelée de façon abusive, mais révélatrice, “castration chimique”. Et ces médicaments puissants sont donnés à des adolescents qui vivent une phase très délicate de leur développement.
Avec quelles conséquences ?
La Cass Review montre, dans sa revue de la littérature scientifique, qu’il existe des préoccupations importantes concernant leurs effets potentiels durables et potentiellement non-réversibles sur le développement neurocognitif, le développement psychosexuel et la santé osseuse. De plus, lorsqu’ils sont suivis par des hormones, ces médicaments conduisent souvent à l’infertilité.
Pire encore, ils peuvent nuire à la transition elle-même. La Cass Review souligne que l’utilisation précoce des bloqueurs peut entraîner des “résultats chirurgicaux problématiques” (par exemple, moins de tissu pénien pour une vaginoplastie). Et selon l’une des principales expertes de l’organisation la plus influente dans la création des directives, WPATH, les garçons qui prennent ces bloqueurs dans la première phase de leur puberté deviennent le plus souvent anorgasmiques, potentiellement (voire probablement) à vie.
Affirmer qu’ils sont “entièrement réversibles” est donc tout simplement faux, et induit les patients et leurs parents en erreur sur la gravité des conséquences potentielles.
On voit qu’aucune des grandes affirmations de l’approche affirmative ne résiste à l’analyse. Mais il y a pire : il n’est pas exclu que cette prise en charge idéologique de la souffrance de personnes vulnérables ne leur fasse, au bout du compte, plus de mal que de bien.
Et si l’approche affirmative médicalisée était nuisible ?
L’une des études les plus complètes sur l’efficacité de la prise en charge médicalisée de la dysphorie de genre des mineurs vient de paraître. Menée en Finlande sur la base des données nationales, elle inclut plus de 2000 mineurs ayant été pris en charge pour leur dysphorie de genre. Ils sont comparés à un groupe contrôle de plus de 10’000 adolescents comparables, sur une période allant de 1996 à 2019.
Suite à la prise en charge médicalisée, la morbidité psychiatrique fait plus que doubler pour les filles en transition, tandis qu’elle est… multipliée par plus de 6 pour les garçons !
Les résultats sont catastrophiques pour les tenants de l’approche affirmative. Les auteurs commencent par montrer que les mineurs dysphoriques souffrent de davantage de problèmes psychiatriques avant leur transition que les autres adolescents du même âge. Jusqu’ici, rien de surprenant.
Le problème intervient quand on mesure la situation après la prise en charge thérapeutique médicalisée
La morbidité psychiatrique, au lieu de diminuer, augmente. Pire encore, elle augmente au point que l’écart avec le groupe contrôle des adolescents non-dysphoriques se creuse par rapport à l’état initial, avant la prise en charge.
Concrètement : suite à la prise en charge médicale, la morbidité psychiatrique fait plus que doubler pour les filles en transition, tandis qu’elle est… multipliée par plus de 6 pour les garçons ! Cette publication ne démontre pas formellement que la prise en charge augmente la détresse psychologique. Sa méthodologie ne permet pas de le faire. En revanche, elle confirme qu’il n’existe décidément aucune preuve qu’elle fasse quelque bien que ce soit, et encore moins qu’elle contribue à diminuer le risque de suicide !
Il est même légitime, puisque c’est tout de même ce qui est observé, de se demander si l’approche actuelle de transition médicalisée ne nuit pas tout simplement aux mineurs dysphoriques.
Le rôle de la WPATH et de ses “Standards of Care”
Comment en est-on arrivé là ? Comment en est-on arrivé à croire que l’approche affirmative médicalisée était “sûre et efficace” sur la base d’un “consensus scientifique”, alors que les preuves scientifiques étaient largement insuffisantes pour en arriver à cette conclusion ?
La WPATH, l’association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres, a joué un rôle prépondérant. C’est elle qui publie les directives auxquelles la majorité des institutions et associations se réfèrent. Et cela n’a rien de surprenant, dans la mesure où, dans le monde médical, les sociétés savantes sont souvent à l’origine des protocoles et directives de soin. La question devient donc : la WPATH est-elle une société savante comme une autre, comme une société de cardiologie ou de pédiatrie, par exemple ?
La réponse est incontestablement “non”.
Pour commencer, et contrairement à la grande majorité des associations médicales professionnelles, la WPATH n'exige pas que ses membres soient des professionnels de la santé. Des personnes issues du domaine juridique (avocats), de l'anthropologie ou des études familiales peuvent obtenir un statut de membre professionnel avec un plein droit de vote. Ce qui a des implications importantes sur la légitimité médicale des directives formulées.
Que valent, justement, ces directives ?
Selon la Cass Review, des évaluations indépendantes, notamment par l'Université de York, ont démontré que les directives de la WPATH (telles que la version 8 ou SOC-8) manquent cruellement de rigueur développementale et de transparence. Plus grave, selon le rapport des HHS américains, la WPATH a délibérément supprimé des revues systématiques qu’elle avait elle-même commandées à l’Université Johns Hopkins, car ces études révélaient qu’il y avait « peu ou pas de preuves » soutenant les interventions médicales chez les mineurs, un constat qui contredisait l’approche de l’organisation.
Plus troublant, bien que l'organisation affirme publiquement que les adolescents peuvent consentir en toute connaissance de cause aux traitements médicaux, des communications internes qui ont fuité (les WPATH Files) révèlent que les cliniciens admettent en privé que les enfants et les jeunes adolescents n'ont pas la maturité cognitive nécessaire pour comprendre les conséquences irréversibles des traitements, notamment la perte définitive de leur fertilité ou l'impact sur leur future fonction sexuelle.
Les controversés SOC-8, le faux-pas de trop ?
Dans ces communications, les “experts” de la WPATH reconnaissent que le consentement éclairé est presque impossible à garantir. Les médecins se retrouvent « souvent à expliquer ce genre de choses à des personnes qui n’ont même pas encore étudié la biologie au lycée », il est « hors de leur portée de développement de comprendre la mesure dans laquelle certaines de ces interventions médicales les affectent ».
Une autre de ces experts ajoute : « Ce qui me dérange vraiment, c'est quand les parents ne peuvent pas me dire ce qu'ils ont besoin de savoir sur une intervention médicale pour laquelle ils ont apparemment donné leur accord », avant de conclure en disant que la pratique actuelle n’est « pas ce que nous devrions faire d’un point de vue éthique ».
Ben voyons.
On aurait préféré que ces communications aient eu lieu publiquement, ou, mieux encore qu’elles les aient conduits à changer leurs directives. Mais on a plutôt assisté à une fuite en avant, qui a atteint son paroxysme avec les controversés Standards Of Care 8, ou SOC-8, la mise à jour la plus récente des directives de la WPATH.
On ne s’étonne même plus, dans ce contexte, que l’une des figures les plus influentes de la WPATH, la pédiatre Johanna-Olson Kennedy, ait été prise en flagrant délit par le New York Times de dissimuler les résultats d’une étude sur les bloqueurs de puberté.
C’est dans le contexte de la rédaction de ces directives que la WPATH a choisi d’exclure les données “inconfortables” de Johns Hopkins mentionnées plus haut. La WPATH a également choisi d’ignorer complètement la conclusion défavorable de la même Johns Hopkins sur la possibilité pour des mineurs de donner un consentement éclairé. Alors que le projet prévoyait d’ajouter des recommandations d’âges minimaux, la WPATH les a écartées à la dernière minute, probablement sous la pression des fournisseurs de soins médicaux, notamment l’association américaine de pédiatrie, soucieuse d’éviter tout ennui juridique à ses praticiens.
Le SOC-8 a au contraire considérablement abaissé les barrières à l’accès aux soins par rapport à la version précédente (SOC-7). L’exigence stipulant que les maladies mentales devaient être « bien contrôlées » avant d’autoriser une intervention chirurgicale a été purement et simplement retirée. Enfin, le SOC-8 a introduit des recommandations pour des chirurgies de modification corporelle extrême pour les identités « non-binaires » (comme la nullification génitale pour un aspect lisse et asexué), et a même inclus un chapitre entier validant l’identité « eunuque », ouvrant la voie à la castration chimique ou chirurgicale, et incluant un lien vers un site… hébergeant des fantasmes pédocriminels (je n’invente malheureusement rien).
On ne s’étonne même plus, dans ce contexte, que l’une des figures les plus influentes de la WPATH, la pédiatre Johanna-Olson Kennedy, ait été prise en flagrant délit par le New York Times de dissimuler les résultats d’une étude sur les bloqueurs de puberté. Cette étude, financée pendant des années par des fonds publics, avait le défaut de ne pas avoir conduit au résultat espéré. Elle n’apportait en effet aucune preuve d’une amélioration de la santé mentale des adolescents traités. Craignant que ces résultats soient “militarisés” par les critiques de la transition médicalisée, elle a tout simplement refusé de les publier.
Je pense qu’on peut arrêter là la démonstration : la WPATH se comporte comme un mouvement idéologique et militant, pas comme une société savante. Malheureusement, le monde médical, habitué à faire confiance aux “directives des sociétés savantes”, n’en a le plus souvent pas conscience, et c’est probablement une des raisons pour lesquelles tant de médecins continuent d’expliquer aux familles d’adolescents dysphoriques que c’est, essentiellement, “la transition ou le suicide”.
Avec quels résultats ?
Et si nous écoutions enfin les détransitionneuses et détransitionneurs ?
Cela fait des années que l’on affirme aux adolescents dysphoriques, et à leurs parents, que la transition médicalisée les soulagera, voire leur sauvera la vie, sur la base d’aucune donnée scientifique solide. Cela fait aussi des années qu’on leur cache les conséquences potentiellement catastrophiques d’une transition médicalisée.
Les victimes de cette invraisemblable irresponsabilité de la part des experts médicaux de la transition ont commencé, depuis déjà plusieurs années, à partager leur expérience en public. Ce sont les détransitionneuses et détransitionneurs, ces adolescents ou jeunes adultes qui ont réalisé que la promesse d’une vie meilleure après la transition médicale ne s’était pas concrétisée pour eux.
Peut-être serait-il temps de les écouter ?
Ecoutons Chloe :
« Tout ce que j’ai vécu n’a rien fait pour résoudre mes problèmes de santé sous-jacents. Mes médecins, forts de leurs théories sur le genre, pensaient que tous mes problèmes disparaîtraient dès que je serais transformée chirurgicalement en une espèce de garçon.
Leurs théories étaient fausses. Leurs médicaments et leur chirurgie ont changé mon corps, mais ils n’ont pas changé et ne pouvaient pas changer la réalité fondamentale que je suis une femme.
Je n’avais pas besoin qu’on me mente, j’avais besoin de compassion.
J’avais besoin d’être aimée, j’avais besoin d’une thérapie pour m’aider à résoudre mes problèmes, au lieu de valider l’illusion qu’en me transformant en garçon, cela résoudrait tous mes problèmes.
Nous devons arrêter de dire aux enfants de 12 ans qu’ils sont “mal nés”.
(…)
Les médecins sont humains et ils ont parfois tort.»
Ecoutons John :
« Quand j’étais petit, j’étais un enfant efféminé, et j’ai découvert des influenceurs trans en ligne. Ils disaient : “Change ton corps et ta vie s’améliorera. Sinon, elle empirera.” Ou, comme mes médecins l’ont dit à ma mère : je me suiciderais.
Les professionnels de santé, tant médicaux que psychologiques, ne se sont jamais donné la peine de chercher pourquoi je ressentais ce que je ressentais. Ils ont empoisonné mon corps avec des bloqueurs et des hormones, interrompant ma puberté et perturbant mon développement.
Le résultat, c’est que je suis un homme gay de 23 ans qui n’a jamais eu d’orgasme et qui n’en connaîtra peut-être jamais. Laissez cela faire son chemin.
On m’a rendu anorgasmique parce que, dès l’instant où vous dites que vous pourriez être trans, c’est un point final — aucune exploration des raisons n’est autorisée, même si vous êtes en difficulté.»
Ecoutons Layla :
« Quand je me suis réveillée de l’opération, mes seins avaient disparu... Pourquoi un médecin censé être un guérisseur, amputerait-il des parties du corps saines? Je ne me suis pas transformée en garçon, je suis juste devenue une fille avec des cicatrices.
“Si vous voulez des seins plus tard, vous pouvez vous en faire poser !?”
C’est faux ! Les implants ne nourriront pas mes enfants, ni ne me soulageront des douleurs thoraciques nerveuses dont je souffre au quotidien.
C’est une arnaque, qui nuit à des enfants en parfaite santé.»
Vers un retour au respect du consentement éclairé ?
La remise en question de l’approche affirmative médicalisée va-t-elle conduire à une remise en question profonde des pratiques actuelles ?
Je l’espère.
J’ai imaginé le discours qu’un médecin devrait, aujourd’hui, tenir à une jeune fille de 13 ans comme Chloe Cole, ainsi qu’à ses parents, pour leur permettre de prendre une décision qui serait conforme aux principes du consentement éclairé et respectueuse de l’état réel des données scientifiques.
Je vous laisse avec ça.
« Bonjour à tous les trois. Je sais que cette période est très difficile et que vous venez chercher des réponses à une vraie souffrance. Mon rôle de médecin est de vous accompagner, mais mon premier devoir, selon le serment que j’ai prêté, est de ne pas nuire. Pour que vous puissiez donner un consentement véritablement éclairé, je dois sortir du discours rassurant que l’on trouve souvent sur les réseaux sociaux pour vous parler avec une totale transparence de ce que dit réellement la science aujourd’hui.
Tout d’abord, il faut que vous sachiez que les preuves scientifiques soutenant l’idée que la transition médicale améliore le bien-être psychologique sont aujourd’hui considérées comme extrêmement faibles par les revues indépendantes mondiales, comme celles menées en Angleterre, en Finlande ou en Suède. Utiliser ces traitements chez les jeunes s’apparente à une médecine expérimentale qui ne dit pas son nom.
Je sais que vous avez beaucoup d’inquiétudes et que vous avez peut-être entendu dire qu’il y a un risque de suicide important si on ne fait rien. Le risque est réel, mais rien ne prouve que la transition médicale le diminue, ni l'absence de transition, d’ailleurs. Parce que les données ne montrent pas que la transition médicale réduit le risque de suicide, affirmer le contraire pour forcer une décision médicale est scientifiquement infondé et éthiquement inacceptable.
Parlons concrètement des bloqueurs de puberté. On les présente souvent comme un simple “bouton pause” sans conséquence pour te donner le temps de réfléchir, mais c’est faux. Presque tous les jeunes qui commencent les bloqueurs finissent par prendre des hormones croisées, ce qui montre que cela fige l’identité plutôt que de laisser le temps de l’exploration. Physiologiquement, bloquer ta puberté maintenant va empêcher tes os de se densifier normalement, t’exposant à un risque de fractures et d’ostéoporose précoce. Plus inquiétant encore, les poussées hormonales de la puberté sont essentielles pour la maturation de ton cerveau, notamment pour tes capacités de jugement et de décision complexe ; interrompre ce processus pourrait avoir des conséquences irréversibles sur ton développement cognitif.
Si nous passions ensuite à la testostérone, il y a des conséquences très lourdes qu’il faut regarder en face. Ton corps va changer de manière irréversible : ta voix va muer, tu auras de la pilosité, mais les effets sur ta santé intime sont souvent passés sous silence. La testostérone provoque fréquemment une atrophie vaginale, c’est-à-dire un assèchement et une inflammation des parois du vagin, ce qui rendra les rapports sexuels et même l’orgasme très douloureux. De plus, la combinaison des bloqueurs et de la testostérone risque de détruire ta fertilité et de te rendre définitivement stérile.
À ton âge, il est totalement impossible d’anticiper si, à 30 ou 40 ans, tu désireras avoir des enfants génétiquement à toi. Quant à la chirurgie, comme la mastectomie (l’ablation des seins), nous parlons d’amputer des organes sains. C’est une mutilation irréversible qui t’enlèvera pour toujours la capacité d’allaiter un enfant et qui comporte des risques réels de complications chirurgicales, d’infections et de douleurs à vie. Souvent, les jeunes projettent tous leurs espoirs sur ces opérations, mais réalisent plus tard qu’elles n’ont pas guéri leur mal-être profond, car ces opérations ne traitent pas la source de la détresse psychologique.
Historiquement, et la science nous le confirme, une proportion importante des enfants et adolescents qui souffrent d’une dysphorie de genre finissent par se réconcilier avec leur corps biologique à la fin de la puberté. Très souvent, ce mal-être cache d’autres défis que nous devons traiter en priorité : l’anxiété, la dépression, un traumatisme, un trouble du spectre de l’autisme. Parfois, une difficulté temporaire d’accepter son orientation sexuelle peut aussi être en jeu. Pour faire le tri dans tout ce qui peut contribuer à cette dysphorie, il faut du temps.
C’est pourquoi, ce que je vous propose aujourd’hui, ce n’est pas de vous abandonner, mais de vous proposer le traitement de première ligne le plus sûr aujourd’hui : une psychothérapie approfondie. Nous ne savons pas avec certitude ce qui marche le mieux, mais la psychothérapie n'a pas les effets irréversibles des bloqueurs et des hormones, ce qui en fait un point de départ plus prudent. Nous allons prendre le temps d’explorer tes souffrances, de t’aider à te sentir mieux dans ta vie globale, de traiter toute anxiété sous-jacente, sans amputer ton avenir, sans détruire ta santé physique, et sans risquer des regrets immenses à l’âge adulte.
Si, au terme de cette démarche thérapeutique et après ta majorité, tu arrives à la conclusion que la transition médicalisée reste la seule solution adéquate pour toi, tu seras libre de la poursuivre, mais tu le feras, cette fois-ci, en toute connaissance de cause et avec un degré de maturité plus adéquat pour une décision aussi lourde de conséquences. »
On peut rêver.
Merci de m’avoir lu, prenez soin de vous et de vos proches.
Et n’hésitez pas à partager cet article : il pourrait aider une personne qui n’a pas accès à autre chose qu’au récit dominant sur ce sujet, et contribuer à rétablir le consentement éclairé là où il manque cruellement.
Bien à vous,
Pierre




