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Vers la fin du moralisme climatique? - retour sur une interview avec le Prof. Eric Verrecchia (2024)

L'absurdité des scénarios climatiques les plus alarmistes, l'un des messages du professeur Eric Verrechia, est désormais très officiellement confirmée. De quoi espérer un retour à un dialogue apaisé ?

« Utiliser la peur à des fins politiques, c’est profondément malhonnête »
Professeur Eric Verrecchia, géologue et géographe physicien, printemps 2024.

Je suis un ancien militant au sein d’un mouvement écologiste souvent qualifié d’extrémiste.

J’étais, et je reste, un éco-anxieux, comme on dit.

La destruction des habitats, la pollution et son impact sur la santé, la toxicité des produits phytosanitaires et notre incapacité à en réguler l’utilisation, la perte de la biodiversité, la cruauté humaine envers les animaux… Les raisons de s’inquiéter ou de se révolter ne manquent pas, et sur chacun de ces sujets, ma position reste à peu près la même qu’il y a 5 ou 6 ans.

Sur le sujet du changement climatique, par contre, ma position a beaucoup changé.

Je suis beaucoup moins éco-anxieux qu’auparavant.

Pourquoi ?

Allez hop! Envoyez ce billet à une connaissance éco-anxieuse, c’est la promesse de conversations passionnantes entre vous deux ! Oserez-vous le faire ?

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Avant tout, parce que "la science” a beaucoup évolué. Durant ma période d’activisme, le scénario de référence qui nous était présenté comme “business as usual”, ce que l’on peut traduire concrètement par “ce qui nous arrivera si nous continuons à nous comporter collectivement comme nous le faisons aujourd’hui” était le scénario SSP5-8.5.

Ce scénario était utilisé comme scénario de référence dans la littérature scientifique, et la grande majorité des gros titres médiatiques nous annonçant des catastrophes écologiques, économiques ou humaines à venir causées par le réchauffement climatique se basaient sur des travaux de modélisation “en cas de SSP5-8.5”.

Ce scénario est celui qui justifiait les craintes “d’apocalypse climatique”. Celui que, en tant que militants, nous présentions aux nouvelles recrues de notre mouvement pour les motiver à agir.

Le problème, c’est qu’il était complètement irréaliste.

On le sait au moins depuis 2020, quand un très estimé scientifique du climat, Zeke Hausfather, a co-écrit un article, “Emissions – the ‘business as usual’ story is misleading", qui s’adressait à la communauté scientifique et militante et lui disait littéralement :

« Cessez de présenter le scénario le plus pessimiste en matière de réchauffement climatique comme le scénario le plus probable : des scénarios de référence plus réalistes permettent d’élaborer de meilleures politiques. »

Ce message a pris un certain temps pour être reçu, et accepté.

Tout dernièrement, une toute petite phrase dans un rapport (image ci-dessus) du groupe officiellement chargé d’élaborer des scénarios climatiques pour le GIEC et la communauté scientifique au sens large vient confirmer définitivement et officiellement l’abandon de ce scénario :

« Dans la fourchette haute, les niveaux d’émissions élevés du CMIP6 (quantifiés par le scénario SSP5-8.5) sont désormais peu plausibles »

Ainsi, des scénarios qui ont dominé la recherche, l’évaluation et les politiques climatiques au cours des deux derniers cycles du processus d’évaluation du GIEC sont aujourd’hui officiellement reconnus comme n’étant pas plausibles : ils décrivaient des avenirs impossibles.

Des avenirs apocalyptiques.

Où était le mal, pourrait-on m’objecter ? Il vaut mieux avoir trop peur que pas assez, sans doute ?

Pas vraiment, en réalité. Pourquoi ?

Il ne s’agit pas de nier l’existence du réchauffement, ni de nier le rôle joué par l’homme, ni de nier les conséquences potentielles sur notre planète, ni même de nier l’importance d’agir pour répondre à certaines de ces conséquences quand elles sont problématiques. Il s’agit de rétablir l’équilibre dans une balance risque / bénéfice qui a été déformée trop longtemps par un alarmisme qui se revendiquait scientifique, alors qu’il ne l’était pas.

Parce que la politique de mitigation du climat a de nombreuses conséquences potentiellement indésirables.

Sur le plan écologique, le développement des énergies solaires ou éoliennes peut conduire à une destruction des habitats, à un usage des sols disproportionnés et à une mise en danger de certaines espèces animales. Certaines initiatives bien-intentionnées mais maladroites, comme le plantage massif d’arbres en monoculture pour “capturer du carbone”, ne sont pas sans risque écologique non plus.

Sur le plan économique, et c’est probablement le problème le plus flagrant, tout rationnement énergétique conduit de façon presque mécanique à un ralentissement de l’activité économique et à un appauvrissement de la population. Moins d’énergie est égal à plus de pauvreté, avec des conséquences potentiellement tragiques sur le développement humain. Ce qui est en train de se produire en Allemagne est, à cet égard, une démonstration de l’importance de l’énergie pour la santé économique d’un pays. Bien pire démonstration encore, ce qui se produit actuellement dans des pays en développement suite au blocage du détroit d’Hormuz.

Sur le plan politique, il est légitime de craindre que la lutte contre le réchauffement puisse conduire à un contrôle toujours plus étroit, par l’Etat, du comportement individuel. C’est déjà ce que l’on observe dans plusieurs pays européens, et les problèmes d’approvisionnement à venir en raison des aventures guerrières des présidents Trump et Netanyahou en Iran viendront sans doute confirmer combien le contrôle de la consommation d’énergie, pour justifié qu’il soit, peut être terriblement liberticide.

Sur le plan psychologique et social, l’alarmisme est source de dépression et d’anxiété qui sont reconnues par la communauté médicale. Cette détresse émotionnelle peut avoir un impact profond sur une vie, y compris le choix, pour certaines jeunes femmes, de renoncer à la maternité en raison de leur peur pour l’avenir de la planète. La culpabilisation touche aussi les enfants, comme j’ai pu le constater moi-même, auxquels l’école explique avec force pédagogie leur rôle dans la détérioration de la planète…

Cela n’a rien d’anodin, et personne ne conteste vraiment la réalité de ces “effets indésirables potentiels” des politiques de mitigation et de l’alarmisme climatique lui-même. Mais dans un contexte où on présente le scénario le plus probable comme étant absolument catastrophique, le cerveau humain a naturellement tendance à penser que la balance risque / bénéfice penche forcément en faveur de la peur et de toutes les mesures de mitigation, aussi extrêmes qu’elles puissent être.

C’est la raison pour laquelle l’abandon des scénarios les plus pessimistes est un message tellement important. Il ne s’agit pas de nier l’existence du réchauffement, ni de nier le rôle joué par l’homme, ni de nier les conséquences potentielles sur notre planète, ni même de nier l’importance d’agir pour répondre à certaines de ces conséquences quand elles sont problématiques. Il s’agit de rétablir l’équilibre dans une balance risque / bénéfice qui a été déformée trop longtemps par un alarmisme qui se revendiquait scientifique, alors qu’il ne l’était pas.

Il relevait au moins autant de choix politiques que de choix scientifiques.

Bill Gates, pour lequel je n’ai pas une grande admiration mais qui s’est incontestablement profilé comme étant l’un des principaux promoteurs mondiaux de la transition énergétique, a senti le vent tourner et s’est fendu d’un éditorial il y a quelques mois. Il y affirmait, en vrac :

Le changement climatique “n’entraînera pas la disparition de l’humanité”, “les êtres humains pourront continuer à vivre et prospérer” puisque “les émissions ont été revues à la baisse”.

Combien de temps faudra-t-il pour que ce message circule suffisamment largement pour qu’il finisse par imprégner les discours politiques et médiatiques? Impossible de le prévoir.

Mon modeste souhait serait que le constat avéré des excès de l’alarmisme climatique puisse conduire à plus d’humilité, de bienveillance et d’ouverture au dialogue constructif de la part des plus virulents des alarmistes, un peu trop installés à mon goût dans une posture confortable, massivement récompensée socialement comme l’est toujours la vertu ostentatoire, qu’on pourrait appeler “le moralisme climatique”. Ce sujet mérite beaucoup mieux.

En attendant que cela se produise, pourrait-on au moins faire preuve d’un peu plus de tolérance pour les voix discordantes, que ce soit autour de la table au Noël familial de fin d’année, sur les plateaux de télévision, ou sur les réseaux sociaux ?

Les “climato-sceptiques”, comme on les appelle, ou les “climato-réalistes”, comme ils préfèrent souvent se décrire eux-mêmes, ont des opinions légitimes. Il est permis de les critiquer et de les remettre en question. Mais il est devrait aussi être permis de critiquer et de remettre en question le discours dominant et son alarmisme dont on constate aujourd’hui qu’il était, objectivement, excessif.

Après mon entretien avec le professeur Verrecchia, il s’était aussi exprimé au micro de mes confrères d’Antithèse. Suite à cette interview, une professeure à l’Université de Lausanne (je me permets les italiques) avait posté ceci sur le réseau X :

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« Je ne suis pas très familière avec le paysage médiatique francophone, mais est-ce que quelqu’un pourrait me dire si la chaîne @Antithese_Media suit une ligne éditoriale conspirationniste, ou s’ils sont juste imprévisibles et stupides de donner la parole à mon ancien collègue et climatosceptique Eric Verrecchia ? 🤔🤔🤔 »

Ce message est malheureusement caractéristique de l’état du “dialogue” : aucune critique sur le fond, mais un message insultant, disqualifiant et violent verbalement. Ce genre de réaction n’est pas un cas isolé, c’est extraordinairement courant. Les climato-réalistes ne sont pas seulement insultés, ils sont aussi activement censurés et interdits d’antenne, notamment sur les médias de service public, et ceci de l’aveu même d’une directrice de Radio-France, et de journalistes à la RTS.

Mon modeste souhait serait que le constat avéré des excès de l’alarmisme climatique puisse conduire à plus d’humilité, de bienveillance et d’ouverture au dialogue constructif de la part des plus virulents des alarmistes, qui sont un peu trop installés à mon goût dans une posture confortable, massivement récompensée socialement comme l’est toujours la vertu ostentatoire, qu’on pourrait appeler “le moralisme climatique”.

Ce sujet mérite beaucoup mieux que du moralisme. Pour pouvoir faire un arbitrage entre les bénéfices et les risques des politiques de mitigation, il faut respecter la complexité extrême du sujet que l’on traite, et inviter toutes les voix, y compris les plus critiques du récit dominant, à participer à la conversation.

Après cette (longue) introduction, j’espère, si vous ne l’aviez pas déjà écoutée, que vous apprécierez cette interview d’Eric Verrecchia et qu’au minimum, elle vous fera réfléchir. Elle m’avait personnellement convaincu de la nécessité absolue de donner la parole aux voix critiques sur ce sujet, quel que soit mon propre degré d’adhésion à leurs thèses, parce que la censure et la cancel-culture me sont absolument insupportables et que l’alarmisme est, de façon très flagrante, allé beaucoup trop loin. J’avais d’ailleurs également interrogé par la suite Judith Curry, l’une des scientifiques les plus violemment attaquées pour ses opinions, dont j’avais également beaucoup apprécié les analyses.

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Pierre

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